3 septembre 2018

Honte à vous, mauvais payeurs !

La honte comme moyen de lutte contre les retards de paiement de ses fournisseurs peut-elle être efficace en France ?

La honte pour se faire payer ?

Cet été dans un article des Échos paru dans l’édition du 24 juillet, l’on nous informait que des grandes entreprises (Endel, Sephora, La Poste, la RATP) avaient été sanctionnées jusqu’à hauteur de 375 000 € pour ne pas avoir respecté les délais de paiement légaux. « Loi Macron de 2015 » instituant un mécanisme de « Name and Shame ». En bon Français, montrer du doigt, désigner à la vindicte populaire.

L’idée n’est pas nouvelle et est en vogue sur différents sujets dans le monde anglo-saxon où la vindicte populaire est utilisée pour faire pression sur les personnes physiques et morales. Fondée sur le ressort de la honte. Hormis quelques pays comme le Japon où le « Haji-no-bunka » (« culture de la honte ») régit les rapports humains, ce n’est pas le cas dans notre pays où domine la « culture du péché » [1]. Selon le proverbe nippon, « le clou qui dépasse attire la tête du marteau ».

Je ne suis pas convaincu que la culture française soit favorable à ce genre de méthode fondée quelque part sur la délation. Depuis l’occupation allemande des années 40, ce genre de pratique est légitimement disqualifiée. De plus la honte ne semble pas être un moyen efficace pour réformer les entreprises.

Largement inopérant en France.

Évoluant dans la fonction commerciale depuis quelques années maintenant, j’ai eu l’opportunité de contractualiser en tant que sous-traitant, avec les plus grands noms des spécialistes des services informatiques. Inutile de dire que j’avais un choix restreint :

  • Accepter leurs conditions de paiement qui étaient au minimum de 60 jours date de facturation
  • Subir leurs retards de paiement qui allaient dans ma majorité des cas au-delà de 90 jours
  • Ne pas compromettre la relation commerciale qui ne sortirait pas indemne d’une pénalité appliquée

Il est ainsi pour un certain nombre de lois (celle sur l’obligation faite aux communes de posséder 20 % de son parc immobilier en logements sociaux, la non-discrimination à l’embauche, etc.) où les personnes non respectueuses de la loi préfèrent payer les amendes infligées que d’obéir au législateur.

Il en va de même pour cette loi Macron et la publicité apportée aux mauvais comportements de certaines entreprises.

Pour toutes ces bonnes raisons la stratégie du « Name and Shame » pour se faire payer dans les délais n’a pas beaucoup d’avenir dans notre pays.



Note

[1] « Le Sabre et le Chrysanthème » de Ruth Benedict -1946

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