2 juillet 2018

DAF en PME : humain trop humain

On a coutume de dire qu’au sein des PME les relations humaines priment et l’implication des salariés dans leur travail est supérieure à ce que l’on peut trouver dans les grands comptes. Cela est vrai à la lumière de mes dernières rencontres, l’une d’entre elles est exemplaire.

Où le DAF doit travailler à sa propre inutilité

Il était une fois une société qui voulait se vendre et pour se faire devait passer par un « relooking financier ». Nous devions par nos services d’externalisation des fonctions financières contribuer à l’accroissement de la profitabilité de la structure. Ainsi le Directeur Financier se vit « imposer » des objectifs à court terme et une réorganisation de ses services financiers et comptables tant du côté des ressources humaines que des logiciels de gestion. Le tout devait se faire avant son départ programmé, car bien évidemment il n’avait plus sa place dans la prochaine organisation.

L’exemple aurait pu être repris dans le dernier ouvrage de Nassim Nicholas Taleb[1] : Refuser de faire le travail et je nuis à mon employabilité sur le marché, accepter la mission et je travaille à ma propre inutilité.

Malgré cela, rien ne vint remettre en cause le professionnalisme et l’implication du DAF dont la priorité était la mise en place de la nouvelle organisation pendant son temps de présence restant dans l’entreprise afin de garantir le succès de la conduite du changement au sein de l’équipe du département de gestion.

Il ne s’agissait pas d’argent (pas de prime en cas de réussite du projet), mais de responsabilité engagée, de volonté de bien faire de la part du DAF.

Au risque de fragiliser ses équipes en cas de départ

L’Externalisation des fonctions financières d’une entreprise est synonyme de l’analyse des compétences en place. L’audit d’organisation que nous menâmes révéla combien cette personne palliait les carences professionnelles des uns et des autres et que son départ était redouté comme une perte de protection.

Le rôle de tampon joué par le DAF vis-à-vis de la Direction Générale allait disparaître, les charges de travail être redimensionnées, avec des responsabilités étendues sur des pans entiers du service (Gestion de Trésorerie, gestion des factures clients, relations avec le Factor…). En un mot, c’était la fin du maternage, avec la mise à nu du rôle de chacun au sein du service. Le DAF en avait parfaitement conscience d’où son besoin d’information sur les modalités de l’externalisation de la partie finance que nous proposions. Cinq chevaux attelés à un chariot ne tirent pas tous avec la même énergie, seuls deux font l’effort principal, les autres sont des « suiveurs ». En l’espèce le DAF n’allant plus jouer le rôle de protecteur, les « suiveurs » allaient se trouver en première ligne, sommés de prendre les responsabilités proposées ou se démettre. Les optimistes y verraient l’opportunité de sortir du rang, de montrer enfin leurs capacités, les autres le risque de révéler leurs limites et de perdre leur emploi.

L’Enfer est pavé de bonnes intentions : en protégeant trop son équipe, en réalisant lui-même certaines tâches, et cela pendant des années, le DAF « sympa », protecteur, humain, avait contribué à rendre incompétents les personnes susceptibles de prendre tout ou partie de ses tâches le jour de son départ.

Note

[1] « Jouer sa peau : Asymétries cachées dans la vie quotidienne » - 2017, Éditions Les Belles Lettres

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