18 juin 2018

Une entreprise doit-elle compter sur la chance pour réussir ?

Il y a quelques années lors d’un cours universitaire sur l’entreprise, à ma question sur les raisons du succès d’une société, le professeur répondit elle a eu de la chance.

Ma foi rationaliste vacilla. Je payais une somme non négligeable pour être formé à la gestion de l’entreprise et l’on m’expliquait que, de toute façon, la réussite en la matière est une question de chance ?

Le terme revient souvent dans la bouche des décideurs que je croise dans mon activité professionnelle d’où mon interrogation sur la validité de l’argument.

Être au bon moment au bon endroit

Pour le Professeur d’Université mentionné ci-dessus le terme signifiait « opportunité ». Encore faut-il avoir la lucidité de la voir et le talent pour la traduire en chiffre d’affaires.

Un Chef d’entreprise est supposé avoir l’intelligence de sentir son époque et les opportunités qu’elle offre. On peut qualifier de chance le fait de vivre à un moment de l’histoire, qui, par ses marchés, ses institutions permet à certains talents doublés de l’énergie nécessaire, de pousser leur avantage en proposant bien et services qui répondent à une demande potentielle.

Robert H. Franck[1] valorise ce facteur chance en soulignant la dimension innée du capital de départ que sont l’intelligence et l’énergie, l’ardeur au travail des entrepreneurs. Non seulement vous n’êtes pas responsable des qualités transmises par vos parents et votre milieu social, mais vous n’avez aucun mérite à bénéficier de l’environnement institutionnel et économique dans lequel votre entreprise évolue. De ce point de vue, chers entrepreneurs, vous pouvez remercier la chance dont vous bénéficiez.

Pas de chance pour Michel Platini qui aura gagné moins d’argent que de moins bons joueurs de football actuels. La mondialisation, la démultiplication des moyens de communication, l’augmentation de la population mondiale, l’arrivée de l’argent russe et chinois sur ce marché, ne lui ont pas profité.

Chance et bons sens

D’autres estiment que le terme exprime notre difficulté à identifier les vraies raisons d’un succès. À l’instar du terme irrationalité qui révèle notre incapacité à saisir les logiques cachées derrière certaines actions.

Dans cette veine, Éric Thiéry[2] fait remarquer que, à y regarder de plus près, le terme s’applique à ceux qui respectent quelques principes de bon sens. Si vous créez une entreprise dans un secteur que vous connaissez, comprenez le produit ou les services à fournir, donnez de la qualité à vos clients, et fidélisez vos salariés, il y a de fortes chances que vous rencontriez le succès.

Dans la Propension des choses, le sinisant François Jullien[3] abonde en ce sens, en faisant remarquer que le potentiel naît de la position de départ. Si elle existe, la chance peut donc se provoquer, et qui veut attraper un oiseau doit construire une cage.

Un ancien patron à qui je demandais si une étude de marché avait été faite avant le lancement du logiciel qu’il avait fait développer, et pour la commercialisation duquel il m’avait recruté, me répondit Étude de marché ? Pifomètre oui !.

Pas de chance, le produit ne se vendit pas comme attendu.
La faute au commercial, certainement...


Notes

[1] Robert H. Frank : Success and Luck – Good Fortune and the Myth of Meritocracy (2016)

[2] Éric Thiéry : Le Petit Livre de la Chance (2016)

[3] François Jullien : La propension des choses (1992)

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